Hommage à mon Père, Albert MAILLARD
Etre comba ttant en 1940-1945 Pour les personnes qui, en 1940, n’étaient pas nées, pour ceux qui n’étaient pas en âge de remplir des oblig ations militaires, le combattant de 40-45 était celui qui le 10 mai 1940 faisait partie de l’a rmée belge en temps que militaire de carrière, miliciens remplissant ses oblig ations milita ire s, milicien rappelé sous les drapeaux pour constituer des unités combattantes pour faire face aux armées ennem ies qui envahissaient notre pay s. Je ne suis pas historien, mais je crois pouvoir dire, sans me tromper , que l’ef fectif total de l’armée belge ce 10 m ai 1940, jour de l’entrée des armées allemandes dans notre pays, s ’élevait ent re 700 et 750.000 hommes, soit environ 600.000 miliciens et 100 à 150.000 militaires de carrière et personn es gravitant dans l’orbite mi litaire. En résumé, peut donc se qualifier de combattant de 1940-1945 toute personne qui comme moi, le 10 mai 1940, était un pion, quel que soit son g rade ou son statut dans l’armée.

Histori

que

de la

guerre

L ’Allemagne à la fin de la 1ère gu erre mondiale ét ait af faiblie, ruin ée et en proie à des crises de tous genres (dévaluation de la monnaie, règ lements de comptes de toutes natures, dirig ée par les républicains de W einar). Il y régnait donc un climat propice à toutes les aventures ayant pour nom le communisme ou le nationalisme. C’est le nationalisme qui l’emporta avec l’arrivée d’Hitler qui s’entoura d’une plé ia de de personnalités importantes. Ils mettront en pl ace un régime auto ritaire ne souf frant aucune op pos itio n. L ’équipe ainsi form ée va bala yer tout devant elle et elle crée des unités paramilitaires dans toutes les régions de l’Allemagne. En 1933, Hitler va se his ser au pouvoir et régner s ur l’Allemagne. Les pers onnes à sa solde vont se mobiliser pour créer une Allemagne forte, dotée d’une armée de plus en pl us moderne, que ce soit sur terre, sur m er ou dans les airs. T ous les ef forts du peuple allemand vont être consacré à un objectif bien clair : faire de l’Allemagne une puissance éco nomique et militaire ! Il faut aussi savoir que durant la même période, tous les pays d’Europe (tant de l’Est que de l’Ouest) sont en proie à une cri se économique sans pr écéd e nt ! En 1935, les Jeux Ol ympiques qui se déroulent en Allemagne sont une occasion unique pour Hitler de nar guer le monde entier et pour magnifier la race aryenne, la seule qu’il croit pure et supérieure. A partir de cette année-là, Hitler et son entourage vont gri gnoter une par une des parcelles de t erritoi re et ainsi asseoir sans aucune peine le pouvoir qu ’ils ex erçaient, retirant sans ef fort le max imum d’appuis et d’encouragements dont l’équipe avait besoin pour poursuivre s on travail de sape sans retour de manivelle. En 1938, l’Europe tremble devant les appétits territoriaux d’Hitler et de sa bande. T ous les pays européens, y compris la Bel gique, mobilisent et rappellent, au cou rs du mois de septembre, toutes l es réserv es disponibles pour faire face aux ogres d’Outre-Rhin. Cette crise va durer un e gross e semaine et ne prendra fin que suite aux réu nions que les protagonistes ont tenues à Munich et aux accords qui y ont ét é pris. Ces acco rds, honteu x pour les Européens représentés par Chamberl ain (Grande-Bret agne) et Daladier (France), ont permis à Hitler et ses acoly tes de continuer leur travail de sape. La réoccupation de la Rhénanie en 1936, l’annexion de l’Autriche, la conq uête sans combat d es Sudètes en 1938 et en 1939 la reprise du pouvoir en Bohèm e Moravie furent autant d’épisodes qui laissèrent les occidentaux sans réaction mais qui donnèrent à la popul ation allemande confiance en l eur supériorité et par la mêm e occasion encouragèrent l’équipe gouvernante en place à aller de l’avant. Durant la dernière semai ne du mois d’août 1939, le gouvernem ent belge voyant que les Allemands massaient progressivem ent des troupes le long de ses frontières rappela sous les drapeaux la 1 èr e phase de son plan de défense q ui consistait à mettre sur pied de guerre les ef fectifs disponibles des classes 35, 36, 37, 38 et 39 et à faire respecter la neutralité de la Bel gique . Dans la 1 ère sem aine du mois de septembre 1939, un évènement de dimension va précipiter l’Europe dans la « drôle de gu erre » (comme on a app elé cette période de notre histoire) : il s’agit de l’invasio n par les forc es nazies de la Polog ne . Le 6 septembre 1939, la France et l’An gleterre déclarent la guerre à l’Allemagn e. J usqu’au 10 mai 1940, les troupes français es et an glaises stationnées à la frontière allemand e échangeront bien quelques coups de feu sporadiques pour tâter leur degré de nervosité, mais à part cel a, tout se passe dans l’attente et la lassitude.

Ma mo

bilisa

tio

n

Lors de ma dernière permission au mois de juillet 1939, j’en avais profité pour visiter l’Exposition de l’Eau à Liège. Mais c’est le 18 août 193 9 que mon service militaire, qui avait duré 17 mois, s’est terminé. Le jou r même vers midi, je rentrai chez moi, à Antheit près de Hu y . C’était un vendredi. D ès le lendemain, je me rendis au travail (on travaillait le samedi à ce moment-là, c’était toujours la semai ne de 48 heures). Mais je ne recommençai vraiment à travailler que le lundi. C ela dura 5 jours, car le vendredi 25 août 1939, je venais à peine de r entrer à mon domicile quand je vis s’arrête r en f ace de la maison, le garde champêt re qui tenait en main un document. Il m ’apportait un papier d’appel sous les armes me si gnifiant que je devais rentrer à Charleroi et rejoindre mon unité !! Il m’apprit que nous étions deux à Antheit à recevoir cet ordre, mais avoua que les autres rapp els ne tarderaient pas à êt re envoy és. Dès le lendemain, j’avais rejoint Charleroi. A la caserne, on nous distribua nos équipements et le dimanche, nous étions co nsignés, c’est-à-dire enfermés. Le lundi matin, nous quittâmes la cas erne pour no us rendre à notre nouv eau cantonnement dans une s alle située sur la chauss ée de Charleroi à Bruxelles, à J umet Brulotte. Nous y sommes restés pendant quelques jours avant d’être transf érés à Courcelles Motte où nou s avons été cantonnés pend ant 15 jours au moins. Nous étions en fac e de Roux et avions nos fusils pointés vers la France ! Pendant ce temps-là, notre pa ys exécute son 2 ème plan de défense appelé, si mes souvenirs sont exacts, phase B, c’est -à-dire le rappel des class es 34, 33, 32 et 31. Quant à nous, notre prochain cantonnement fut à Gou y-l es-Piétons durant une dizaine de jours. Le mois de septembre était terminé, nous étions toujours en W allonie, sur le Canal de Charl eroi à Bruxelles. Début octobre, nous fîmes mouvement. Je ne me rappelle plus très bien si c’était à pied ou en chemi n de fer , m ais ce que je sai s c’est que nous sommes arrivés à Stelen, juste en face de Geel, sur le Can al Albe rt. Nous logions dans des granges ou dans des greniers où les rats pullulaient dans les toitures. Les journées se pass aient à creuser des tranchées ou à construire des abris dans des terrains sablonneux . Nous passâmes deux mois là-bas. Nous app réhend ions l’hiver .
La caserne de Charleroi
Le Pont de Vroenhoven
Pont de Vroenhoven 1940
Cette photo date d'o ctobre/novembre 1939 et a été prise à Stelen. 2ème Chasseur à Pied IIIème Bataillon 1 1ème Cie Une partie de mon groupe (peloton du Sous Lt Cu velier , Adj Géradon, S gt Maillard) Debout (de g à dr) V andamme (cl.35) Caporal X, Catrain, Prévot, Caporal Overstijns, Kinet ( tué le 28/5/40 ) Sgt Maillard (tous de la cl. 3 8), Charle t (c l.35) Je n'ai pas de souv enir des noms des 2 soldats accr oupis.
Mon peloton avait tout d’abord été cantonné à V ro enhoven où nous sommes restés 4 à 5 sem aines. Nous avons ensuite déménagé à V eldwezelt pour 4 ou 5 semaines aussi pour aller enfin nous retrouv er en soutien et soi-disant en repos à Hees. Mais au mois d’avril et au début mai, nous étions déjà rev enu pour la seconde fois à V roenhoven. C’es t l e 5 mai 1940, pour notre plus grande chance, que nous fûmes remplacés par u n régiment d e Gre nadiers. Nous avons été expédiés (je n e m e rappelle plus comment) à P amel à 7 km environ de Ninove . C’est là-bas, le 10 mai, que nous apprîmes que notre pa ys était en guerre. V ers 3 heures du matin, notre lieutenant vint frapper à la porte de la maiso n où je logeais en me demandant de me lev er rapidement, que je rassemble mon groupe et que je le place à un endroit q u’il me désign a. Objectif : surveiller le ciel et surtout l’aviation, être sur nos gardes ca r l’e nnemi pouvait se trouver n’importe où ! ! Nous discutions évidemment de la situation. Nous pensions aux nôtres qui se trouvaient bien plus p rès de l’Allemagne que nous . On se posait évidemment beaucoup de questions. V ers sept heu res du mat in, un évènement nous le confirma : c’ét ait la guerre !! En ef fet, deux gros avi ons noirs et gris men ant un bruit d’enfer sont passés au-dessus de nos têt es à 150 m d’altitude et à grande vitesse. Un silence de mort plana un instant parmi nous. Nous n’en cro yi ons pas nos yeux !!
Hommage à mon Père, Albert MAILLARD