Mais
heureusem
ent,
un
beau
jour
nous
qu
itti
ons
sans
regret
c
e
«
bled
»
pour
une
période
d
e
repos
a
u
camp
de
Bour
g
Léopold.
Nous
fîmes
ce
trajet
e
n
deux jours (Stelen-
Mo
l puis Mol-Bour
g Léopold).
C’est
pendant
cette
p
ériode
de
repos
qu’un
év
ènement
peu
ordinaire
s
’est
produ
it.
D
u
jamais
vu
à
l
’ar
mée
bel
ge
!
En
ef
fet,
des
unités
du
1
er
Chasseur
à
Pied
s
e
sont
révoltées
e
n
demandant
d
e
me
ill
eures
cond
iti
ons
e
t
une
augmentation
des
sol
des
pour
l
e
personnel
sous
les
drapeaux
.
L
e
mouvement
fut
vite étouf
fé, mais l’idée avait appo
rté des résultats tan
gents.
A
partir
d
u 1
er
janvier
, les rappelés eurent dro
it
à
de
s aug
menta
tions :
1 franc
a
u lieu de 30
cent
imes pour les soldats
2 francs
a
u lieu de 60 cen
tim
es pour les caporaux
4,
7
0 francs
a
u lieu d’1 franc pour les s
er
gents !!
Début
1940,
nous
qu
itt
ons
Bour
g
Léopold
pou
r
ral
lier
V
roenhoven
situé
à
quelques
kilomètres
a
u
nord
de
V
isé
e
t
à
l’ouest
de
Maastricht
sur
l
e
Can
al
Albert.
Notre
compagnie
ét
ait
déployée
sur
une
surface
d’1km2
environ.
U
n
peloton
à
V
roenhov
en,
u
n
pel
oton
à
V
eldwezelt
sur
l
e
Canal
Albert
e
t
u
n
pe
lot
o
n
e
n soutien à Hees. Nous mon
tio
ns
d
e gard
e 1 jour (24 heures
) sur 4
o
u 5 jours dans des tran
chées
o
u dans
u
n abri chauf
fé par
des braseros.
I
l
f
aisait
froid
dur
ant
ce
t
hiver
1940,
abominablement
froid.
Heur
eusemen
t,
j’avais
comme
sous-of
ficier
u
n
régime
spécial
:
un
mess
e
t
une
nourr
itu
re
conven
able !
Hommage à mon Père, Albert MAILLARD
Suite
à
l'émission
de
la
RTBF.be
APOCALYPSE,
vous
trouverez
de
larges
extraits
du
récit
d'Albert
Maillard
dans
le
livre
"Les
Années
d'Apocalypse
en
Belgique
1940-1945
-
Témoignages
inédits.”
(le
rappel p.17-l'artillerie p.21- l'enfer p.27 - le défilé p.40)
Etre comba
ttant en 1940-1945
Pour les personnes qui, en 1940, n’étaient pas nées, pour ceux qui n’étaient
pas en âge de remplir des
oblig
ations militaires, le combattant de 40-45 était celui qui le 10 mai 1940 faisait partie de l’a
rmée
belge en temps que militaire de carrière, miliciens remplissant ses oblig
ations milita
ire
s, milicien
rappelé sous les drapeaux pour constituer des unités combattantes pour
faire face aux
armées ennem
ies
qui envahissaient notre pay
s.
Je ne suis pas historien, mais je crois pouvoir dire, sans me tromper
, que l’ef
fectif total de l’armée
belge ce 10 m
ai 1940, jour de l’entrée des armées allemandes dans notre pays, s
’élevait ent
re 700 et
750.000 hommes, soit environ 600.000 miliciens et 100 à 150.000 militaires de carrière et personn
es
gravitant dans l’orbite mi
litaire.
En résumé, peut donc se qualifier de combattant de 1940-1945 toute personne qui comme moi, le
10
mai 1940, était un pion, quel que soit son g
rade ou son statut dans l’armée.
Histori
que
de la
guerre
L
’Allemagne à la fin de la 1ère gu
erre mondiale ét
ait af
faiblie, ruin
ée et
en proie à des crises de tous genres (dévaluation de la
monnaie, règ
lements de comptes de toutes natures, dirig
ée par les républicains de
W
einar).
Il
y régnait donc un climat propice à toutes les aventures ayant pour nom le communisme ou le nationalisme. C’est le nationalisme
qui l’emporta avec l’arrivée d’Hitler qui s’entoura d’une plé
ia
de de personnalités importantes. Ils mettront en pl
ace un régime
auto
ritaire ne souf
frant aucune op
pos
itio
n.
L
’équipe ainsi form
ée va bala
yer tout devant elle et elle crée des unités paramilitaires dans toutes les régions de l’Allemagne.
En 1933, Hitler va se his
ser au pouvoir et régner s
ur l’Allemagne. Les pers
onnes à sa solde vont se mobiliser pour créer une
Allemagne forte, dotée d’une armée de plus en pl
us moderne, que ce soit sur terre, sur m
er ou dans les
airs.
T
ous les ef
forts du
peuple allemand vont être consacré à un objectif bien clair : faire de l’Allemagne une puissance éco
nomique et militaire !
Il
faut
aussi savoir que durant la même période,
tous les pays d’Europe
(tant de l’Est que de l’Ouest) sont en proie à une
cri
se économique
sans pr
écéd
e
nt !
En 1935, les Jeux Ol
ympiques qui se déroulent en
Allemagne sont une occasion unique pour Hitler de nar
guer le monde entier et
pour magnifier la race aryenne, la seule qu’il croit pure et supérieure.
A
partir de cette année-là, Hitler et son entourage vont gri
gnoter une par une des parcelles de t
erritoi
re et ainsi asseoir sans aucune
peine le pouvoir qu
’ils ex
erçaient, retirant sans
ef
fort le max
imum d’appuis et d’encouragements dont l’équipe avait
besoin pour
poursuivre s
on travail de sape sans retour de manivelle.
En 1938, l’Europe tremble devant les appétits territoriaux d’Hitler et de sa bande.
T
ous les pays européens, y compris la Bel
gique,
mobilisent et rappellent, au cou
rs du mois de septembre, toutes l
es réserv
es disponibles pour faire face aux ogres d’Outre-Rhin.
Cette crise va durer un
e gross
e semaine et ne prendra fin que suite aux
réu
nions que les protagonistes ont tenues à Munich et aux
accords qui y ont ét
é
pris. Ces acco
rds, honteu
x
pour les Européens représentés par Chamberl
ain (Grande-Bret
agne) et
Daladier
(France), ont permis à Hitler et ses acoly
tes de continuer leur travail de sape.
La réoccupation de la Rhénanie en 1936, l’annexion de l’Autriche, la conq
uête sans combat d
es Sudètes en 1938 et en 1939 la reprise
du pouvoir en Bohèm
e Moravie
furent autant d’épisodes qui laissèrent les occidentaux sans réaction mais qui donnèrent à la
popul
ation allemande confiance en l
eur supériorité et par la mêm
e occasion encouragèrent
l’équipe gouvernante en place à
aller
de l’avant.
Durant la dernière semai
ne du mois d’août 1939, le gouvernem
ent belge voyant que les
Allemands massaient progressivem
ent des
troupes le long de ses frontières rappela sous les drapeaux la 1
èr
e
phase de son plan de défense q
ui consistait à mettre sur
pied de
guerre les ef
fectifs disponibles des classes 35, 36, 37, 38 et 39 et à faire respecter la neutralité de la Bel
gique
.
Dans la 1
ère
sem
aine du mois de septembre 1939, un évènement de dimension va précipiter l’Europe dans la
« drôle de
gu
erre
»
(comme on a app
elé cette période de notre histoire) : il s’agit de l’invasio
n par les forc
es nazies de la Polog
ne
.
Le 6 septembre 1939, la France et l’An
gleterre déclarent la
guerre à l’Allemagn
e. J
usqu’au 10 mai 1940, les troupes français
es et
an
glaises stationnées à la frontière allemand
e échangeront bien quelques coups de feu sporadiques
pour tâter leur degré de
nervosité, mais à part cel
a, tout se passe dans l’attente et la
lassitude.
Ma mo
bilisa
tio
n
Lors de ma dernière permission au mois de juillet 1939, j’en avais profité
pour visiter l’Exposition de l’Eau à
Liège.
Mais c’est le 18 août 193
9 que mon service militaire, qui avait duré 17 mois, s’est terminé. Le jou
r même vers midi, je rentrai
chez moi, à
Antheit près de Hu
y
. C’était un vendredi. D
ès le lendemain, je me rendis au travail (on travaillait le samedi à ce moment-là, c’était
toujours la semai
ne de 48 heures). Mais je ne recommençai vraiment à travailler que le lundi. C
ela dura 5 jours, car le vendredi 25 août
1939, je venais à peine de r
entrer à mon domicile quand je vis s’arrête
r en f
ace de la maison, le garde champêt
re qui tenait en main un
document.
Il m
’apportait un papier d’appel sous les armes me si
gnifiant que je devais rentrer à Charleroi et rejoindre mon unité
!!
Il
m’apprit que nous étions deux à
Antheit à recevoir
cet ordre, mais avoua que les autres rapp
els ne tarderaient pas
à êt
re envoy
és.
Dès le lendemain, j’avais
rejoint Charleroi.
A
la
caserne, on nous distribua nos équipements et le
dimanche, nous étions co
nsignés, c’est-à-dire enfermés.
Le lundi matin, nous quittâmes la cas
erne pour no
us
rendre à notre nouv
eau cantonnement dans une s
alle
située sur la chauss
ée de Charleroi à Bruxelles, à J
umet
Brulotte. Nous
y sommes
restés pendant quelques jours
avant d’être transf
érés à
Courcelles Motte où nou
s
avons été cantonnés pend
ant 15 jours au moins. Nous
étions en fac
e de Roux
et avions nos fusils pointés vers
la France
!
Pendant ce temps-là, notre pa
ys exécute son 2
ème plan de défense appelé, si mes souvenirs sont exacts, phase B,
c’est
-à-dire le rappel des
class
es 34, 33,
32 et 31.
Quant à nous, notre prochain cantonnement fut à Gou
y-l
es-Piétons durant
une dizaine de jours.
Le mois de septembre était terminé, nous
étions toujours en
W
allonie, sur le Canal de Charl
eroi à Bruxelles.
Début octobre, nous fîmes mouvement. Je ne me rappelle plus très bien si c’était à pied ou en chemi
n de fer
, m
ais ce que je sai
s c’est que
nous sommes
arrivés à Stelen, juste
en
face de Geel, sur le Can
al Albe
rt.
Nous logions dans des granges ou dans des greniers où les rats pullulaient dans les toitures. Les journées se pass
aient à creuser des
tranchées ou à construire des
abris dans
des terrains sablonneux
. Nous passâmes deux mois là-bas. Nous app
réhend
ions l’hiver
.
La caserne de
Charleroi
Le Pont de Vroenhoven
Pont de Vroenhoven 1940
Cette photo date d'o
ctobre/novembre
1939 et
a été prise à Stelen.
2ème Chasseur à Pied
IIIème Bataillon 1
1ème Cie
Une partie de mon groupe (peloton du Sous Lt Cu
velier
,
Adj Géradon, S
gt Maillard)
Debout (de g
à dr)
V
andamme (cl.35) Caporal X, Catrain,
Prévot, Caporal Overstijns, Kinet ( tué le 28/5/40 )
Sgt Maillard (tous de la cl. 3
8), Charle
t (c
l.35)
Je n'ai pas de souv
enir des noms des 2 soldats accr
oupis.
Mon peloton avait tout d’abord été cantonné à
V
ro
enhoven où nous sommes restés 4 à 5 sem
aines.
Nous avons ensuite déménagé à
V
eldwezelt pour 4 ou 5 semaines aussi pour aller enfin nous retrouv
er
en soutien et soi-disant en repos à Hees. Mais au mois d’avril et au début
mai, nous étions déjà rev
enu
pour la seconde fois à
V
roenhoven.
C’es
t l
e 5 mai 1940, pour notre plus grande
chance, que nous fûmes remplacés par
u
n
régiment
d
e
Gre
nadiers. Nous avons été expédiés (je
n
e
m
e
rappelle plus comment) à P
amel à 7 km environ de
Ninove
.
C’est là-bas, le 10 mai, que nous apprîmes que notre pa
ys était en guerre.
V
ers 3 heures du matin,
notre lieutenant vint frapper à la porte de la maiso
n où je logeais en me demandant de me lev
er
rapidement, que je rassemble mon groupe et que je le place à un endroit q
u’il me désign
a. Objectif
:
surveiller le ciel et surtout l’aviation, être sur nos gardes ca
r l’e
nnemi pouvait se trouver n’importe
où !
!
Nous discutions évidemment de la situation. Nous pensions aux nôtres qui se trouvaient bien plus p
rès
de l’Allemagne que nous
. On se posait évidemment beaucoup de questions.
V
ers sept heu
res du mat
in,
un évènement nous le confirma : c’ét
ait la guerre !! En ef
fet, deux
gros avi
ons noirs et gris men
ant un
bruit d’enfer sont passés au-dessus de nos têt
es à 150 m d’altitude et à grande vitesse. Un silence de
mort plana un instant parmi nous. Nous n’en cro
yi
ons pas nos yeux !!