C'est dans ce petit carnet que mon père a consigné ses souvenirs de la guerre 40-45. Mon père n'était ni écrivain, ni historien. Sa seule ambition était de laisser une trace écrite de cette période difficile de sa vie " pour que nous n'oubliions pas et que nous sachions ce qu'il avait vécu " disait-il. Si vous y relevez des erreurs, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques en m'envoyant un message. Enfin, ma seule ambition, en retranscrivant ses notes sur mon site, est, je l'espère, de vous les faire partager. Bonne lecture ! Jean-Luc
Suite à l'émission de la RTBF.be APOCALYPSE, vous trouverez de larges extraits du récit d'Albert Maillard dans le livre "Les Années d'Apocalypse en Belgique 1940-1945 - Témoignages inédits. (le rappel, p.17- l'artillerie p.21 - l'enfer p.27 - le défilé p.40)
Pour que nous n’oubliions pas …
Un résumé de ce récit a aussi été publié dans le bulletin de l'Amicale Nationale des Chasseurs à Pied. Voir l’introduction de l’article
Etre combattant en 1940-1945 Pour les personnes qui, en 1940, n’étaient pas nées, une petite explication est nécessaire pour définir la notion de combattant de la guerre 1940-1945. Le combattant de 40-45 était celui qui,le 10 mai 1940, faisait partie de l’armée belge en temps que militaire de carrière, miliciens remplissant ses obligations militaires, milicien rappelé sous les drapeaux pour constituer des unités combattantes pour faire face aux armées ennemies qui envahissaient notre pays. Je ne suis pas historien, mais je crois pouvoir dire, sans me tromper, que l’effectif total de l’armée belge ce 10 mai 1940, jour de l’entrée des armées allemandes dans notre pays, s’élevait entre 700 et 750.000 hommes, soit environ 600.000 miliciens et 100 à 150.000 militaires de carrière et personnes gravitant dans l’orbite militaire. En résumé, peut donc se qualifier de combattant de 1940-1945 toute personne qui, le 10 mai 1940, était un pion, quel que soit son grade ou son statut, dans l’armée belge.  
Historique de la guerre 40-45 L’Allemagne à la fin de la 1ère guerre mondiale était affaiblie, ruinée et en proie à des crises de tous genres (dévaluation de la monnaie, règlements de comptes de toutes natures), était dirigée par les républicains de Weimar.  Il y régnait donc un climat propice à toutes sortes d'aventures ayant pour nom le communisme ou le nationalisme. C’est le  nationalisme qui l’emporta avec l’arrivée d’Hitler qui s’entoura d’une pléiade de personnalités importantes. Ils mettront en place un régime autoritaire ne souffrant aucune opposition. L’équipe ainsi formée va balayer tout devant elle et elle crée des unités paramilitaires dans toutes les régions de l’Allemagne.  En 1933, Hitler va se hisser au pouvoir et régner sur l’Allemagne.  Les personnes à sa solde vont se mobiliser pour créer une Allemagne forte, dotée d’une armée de plus en plus moderne, que ce soit sur terre, sur mer ou dans les airs. Tous les efforts du peuple allemand vont être consacrés à un seul et unique objectif bien clair : faire de l’Allemagne une puissance économique et militaire !  Il faut aussi savoir que durant la même période, tous les pays d’Europe (tant de l’Est que de l’Ouest) sont en proie à une crise économique sans précédent !  En 1935, les Jeux Olympiques qui se déroulent en Allemagne sont une occasion unique pour Hitler de narguer le monde entier et pour magnifier la race aryenne, la seule qu’il croit pure et supérieure.  A partir de cette année-là, Hitler et son entourage vont grignoter une par une des parcelles de territoire et ainsi asseoir sans aucune peine le pouvoir qu’ils exerçaient, retirant sans effort le maximum d’appuis et d’encouragements dont l’équipe avait besoin pour poursuivre son travail de sape sans retour de manivelle.  En 1938, l’Europe tremble devant les appétits territoriaux d’Hitler et de sa bande. Tous les pays européens, y compris la Belgique, mobilisent et rappellent, au cours du mois de septembre, toutes les réserves disponibles pour faire face aux ogres d’Outre-Rhin.  Cette crise va durer une grosse semaine et ne prendra fin que suite aux réunions que les protagonistes ont tenues à Munich et aux accords qui y ont été pris. Ces accords, honteux pour les Européens représentés par Chamberlain (Grande-Bretagne) et Daladier (France), ont permis à Hitler et ses acolytes de continuer leur travail de sape.   La réoccupation de la Rhénanie en 1936, l’annexion de l’Autriche, la conquête sans combat des Sudètes en 1938 et, en 1939, la reprise du pouvoir en Bohème Moravie furent autant d’épisodes qui laissèrent les occidentaux sans réaction mais qui donnèrent à la population allemande confiance en leur supériorité et par la même occasion encouragèrent l’équipe gouvernante en place à aller de l’avant.  Durant la dernière semaine du mois d’août 1939, le gouvernement belge voyant que les Allemands massaient progressivement des troupes le long de ses frontières rappela sous les drapeaux la 1ère phase de son plan de défense qui consistait à mettre sur pied de guerre les effectifs disponibles des classes 35, 36, 37, 38 et 39 et à faire respecter la neutralité de la Belgique.  Dans la 1ère semaine du mois de septembre 1939, un événement de dimension va précipiter l’Europe dans la « drôle de guerre » (comme on a appelé cette période de notre histoire) : il s’agit de l’invasion par les forces nazies de la Pologne.  Le 6 septembre 1939, la France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne. Jusqu’au 10 mai 1940, les troupes françaises et anglaises stationnées à la frontière allemande échangeront bien quelques coups de feu sporadiques pour tâter leur degré de nervosité, mais à part cela, tout se passe dans l’attente et la lassitude.    
L'Exposition internationale de Liège de 1939 est organisée dans la ville belge de Liège pour célébrer l'inauguration du canal Albert et ayant pour thème l'eau. Alors qu'elle devait se terminer en novembre, l’exposition ferme ses portes anticipativement le 2 septembre 1939 suite au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et à l'explosion accidentelle, provoquée par un orage, des pont du Val Benoit et d'Ougrée, minés par l'armée belge. Vingt personnes ont été tuées et quatre -vingt autres blessées. La vidéo ci-contre est un remarquable document reprenant de nombreuses photos et vidéos d'époque.
Mais c’est le 18 août 1939 que mon service militaire, qui avait duré  17 mois,  s’est terminé. Le jour même vers midi, je rentrai chez moi, à Antheit près de Huy. C’était un vendredi. Dès le lendemain, je me rendis au travail (on travaillait le samedi à ce moment-là, c’était toujours la semaine de 48 heures). Mais je ne recommençai vraiment à travailler que le lundi. Cela dura 5 jours, car le vendredi 25 août 1939, je venais à peine de rentrer à mon domicile quand je vis s’arrêter en face de la maison, le garde champêtre qui tenait en main un document. Il m’apportait un papier d’appel sous les armes me signifiant que je devais rentrer à Charleroi et rejoindre mon unité !! Il m’apprit que nous étions deux à Antheit à recevoir cet ordre, mais avoua que les autres rappels ne tarderaient pas à être envoyés. Dès le lendemain, j’avais rejoint Charleroi. A la caserne, on nous distribua nos équipements et le dimanche, nous étions consignés, c’est-à-dire enfermés. Le lundi matin, nous quittâmes la caserne pour nous rendre à notre nouveau cantonnement dans une salle située sur la chaussée de Charleroi à Bruxelles, à Jumet Brulotte. Nous y sommes restés pendant quelques jours avant d’être transférés à Courcelles Motte où nous avons été cantonnés pendant 15 jours au moins. Nous étions en face de Roux et avions nos fusils pointés vers la France !  Pendant ce temps-là, notre pays exécute son 2ème plan de défense appelé, si mes souvenirs sont exacts, phase B, c’est-à-dire le rappel des classes 34, 33, 32 et 31. Quant à nous, notre prochain cantonnement fut à Gouy-les-Piétons durant une dizaine de jours. Le mois de septembre était terminé, nous étions toujours en Wallonie, sur le Canal de Charleroi à Bruxelles. Début octobre, nous fîmes mouvement. Je ne me rappelle plus très bien si c’était à pied ou en chemin de fer, mais ce que je sais c’est que nous sommes arrivés à Stelen, juste en face de Geel, sur le Canal Albert. Nous logions dans des granges ou dans des greniers où les rats pullulaient dans les toitures. Les journées se passaient à creuser des tranchées ou à construire des abris dans des terrains sablonneux. Nous passâmes deux mois là-bas. Nous appréhendions l’hiver.
Octobre/novembre 1939 à Stelen 2ème Chasseur à Pied IIIème Bataillon 11ème Cie
Cette photo date d'octobre/novembre 1939 et a été prise à Stelen.  2ème Chasseur à Pied IIIème Bataillon 11ème Cie  Une partie de mon groupe (peloton du Sous Lt Cuvelier Adj Géradon, Sgt Maillard)  Debout (de g à dr) Vandamme (cl.35) Caporal X, Catrain, Prévot, Caporal Overstijns, Kinet (tué le 28/5/40), Sgt Maillard (tous de la cl. 38), Charlet (cl.35) Je n'ai pas de souvenir des noms des 2 soldats accroupis.
Mais heureusement, un beau jour nous quittions sans regret ce « bled » pour une période de repos au camp de Bourg Léopold. Nous fîmes ce trajet en deux jours (Stelen-Mol puis Mol-Bourg Léopold) C’est pendant cette période de repos qu’un événement peu ordinaire s’est produit. Du jamais vu à l’armée belge ! En effet, des unités du 1er Chasseur à Pied se sont révoltées en demandant de meilleures conditions et une augmentation des soldes pour le personnel sous les drapeaux. Le mouvement fut vite étouffé, mais l’idée avait apporté des résultats tangents. A partir du 1er janvier, les rappelés eurent droit à des augmentations : 1 franc au lieu de 30 centimes pour les soldats 2 francs au lieu de 60 centimes pour les caporaux 4,70 francs  au lieu d’1 franc pour les sergents !! Début 1940, nous quittons Bourg Léopold pour rallier Vroenhoven situé à quelques kilomètres au nord de Visé et à l’ouest de Maastricht sur le Canal Albert. Notre compagnie était déployée sur une surface d’1km2 environ. Un peloton à Vroenhoven, un peloton à Veldweselt sur le Canal Albert et un peloton en soutien à Hees. Nous montions de garde 1 jour (24 heures) sur 4 ou 5 jours dans des tranchées ou dans un abri chauffé par des braseros. Il faisait froid durant cet hiver 1940, abominablement froid. Heureusement, j’avais comme sous-officier un régime spécial : un mess et une nourriture convenable ! Mon peloton avait tout d’abord été cantonné à Vroenhoven où nous sommes restés 4 à 5 semaines. Nous avons ensuite déménagé à Veldwezelt pour 4 ou 5 semaines aussi pour aller enfin nous retrouver en soutien et soi-disant en repos à Hees. Mais au mois d’avril et au début mai, nous étions déjà revenu pour la seconde fois à Vroenhoven. C’est le 5 mai 1940, pour notre plus grande chance, que nous fûmes remplacés par un régiment de Grenadiers. Nous avons été expédiés (je ne me rappelle plus comment) à Pamel à 7 km environ de Ninove. C’est là-bas, le 10 mai, que nous apprîmes que notre pays était en guerre. Vers 3 heures du matin, notre lieutenant vint frapper à la porte de la maison où je logeais en me demandant de me lever rapidement, que je rassemble mon groupe et que je le place à un endroit qu’il me désigna. Objectif : surveiller le ciel et surtout l’aviation, être sur nos gardes car l’ennemi pouvait se trouver n’importe où !! Nous discutions évidemment de la situation. Nous pensions aux nôtres qui se trouvaient bien plus près de l’Allemagne que nous. On se posait évidemment beaucoup de questions. Vers sept heures du matin, un événement nous le confirma : c’était la guerre !! En effet, deux gros avions noirs et gris menant un bruit d’enfer sont passés au-dessus de nos têtes à 150 m d’altitude et à grande vitesse. Un silence de mort plana un instant parmi nous. Nous n’en croyions pas nos yeux !!
Ma campagne des 18 jours Je dirai «ma campagne des 18 jours» parce qu’elle est spéciale. Ce matin du 10 mai égrena ses heures sous un soleil bienfaisant. Nous attendions les instructions. Elles arrivèrent au début de l’après-midi : nous devions rejoindre la route qui menait à Ninove et nous placer de part et d’autre de la chaussée le plus possible à l’abri des regards. C’est là que nous eûmes la surprise de voir passer devant nous quelques véhicules. C’étaient des voitures tout terrain à déplacement rapide, chargées de soldats britanniques. Ce seront d’ailleurs les seuls que nous verrons durant les 18 jours. Nous attendions camouflés au bord de la chaussée. Nous vîmes apparaître au loin des autobus (tous les mêmes, il s’agissait d’autobus de la région bruxelloise surmontés de pancartes publicitaires). On nous fit embarquer dans ces véhicules et nous voilà partis pour une destination inconnue. La colonne roulait prudemment et lentement. Bientôt, la nuit tomba. Nous n’avions aucune idée de l’endroit où on nous emmenait ni des évènements qui se passaient sur la première ligne de défense. Notre périple prit fin pendant la nuit. On nous débarqua à  Wespelaar . Nous étions à l’orée d’un bois avec devant nous des pâturages. Ce n’est que le matin que nous aperçûmes au loin les premières habitations : elles étaient au moins à 300 mètres. Le lieutenant qui nous avait désigné l’emplacement que nous devions occuper, nous avait donné les objectifs à particulièrement surveiller. Ensuite, nous avions construit un abri avec des branchages. Pend ant les trois premiers jours, il ne se passa rien. Mais, de temps en temps, on entendait au loin gronder le canon. Sinon, aucune nouvelle ne filtrait sur la situation des belligérants. Un beau matin, nous reçûmes la visite d'un aumônier. Il était accompagné par l'ordonnance du lieutenant. Il bénit le groupe et donna la communion à ceux qui le désiraient. La nuit tomba. L'artillerie se mit à tirer. Cela n'arrêta pas durant toute la nuit. On entendait les feuilles trembler au-dessus de nos têtes à chaque passage d'obus. Cela ne cessa qu'à l'aube. Pendant la nuit, j’avais été envoyé en patrouille avec deux hommes pour inspecter ce qui se passait devant nous. On nous avait donné un mot de passe. Nous avions marché trois cents mètres lorsque nous rencontrâmes un militaire. Il ne connaissait pas le mot de passe ! On ne le lui avait pas donné ! Il nous renseigna sur le chemin à suivre pour nous rendre aux barrières de protection qui avaient été construites pendant la mobilisation. Nous  avons marché un bon bout de temps en inspectant à gauche, à droite dans le noir. Nous n'avions rien remarqué d'anormal. Je décidai donc de rebrousser chemin et de rejoindre notre poste de défense. Je pus enfin dormir un peu. La journée suivante se passa calmement. De temps en temps, on entendait des rafales d'armes automatiques, des tirs d'artillerie et le passage d'avions haut dans le ciel. Au crépuscule, les tirs d'artillerie reprirent comme la nuit précédente. Mais au milieu de la nuit, je fus réveillé par le lieutenant qui m'avertit que nous devions décrocher et aller rejoindre une grand route pas très éloignée. Nous abandonnâmes de suite notre position et nous rendîmes au lieu indiqué. Nous étions à peu près les derniers à rallier le lieu de rassemblement. La colonne regroupée, nous partîmes immédiatement partagés en deux files de part et d’autre de la chaussée. On avait beau questionner les supérieurs, c’était au compte-goutte qu’on nous répondait. Nous battions en retraite, évidemment. La troupe sans bruit marchait, marchait. Le commandant et les lieutenants portaient leurs hommes et nous incitaient à nous dépêcher. Nous arrivâmes à hauteur de  Vilvorde, au canal de Willebroek.  Quelques gendarmes nous firent courir pour traverser le canal. On nous disait que d’ici quelques minutes, le pont sauterait. Quelle débandade ! C’était inimaginable. Je vois encore la cuisine et le matériel tirés par des chevaux au milieu du pont. Pauvres bêtes ! Elles se demandaient certainement ce qu’on leur voulait, pourquoi on les obligeait à courir pour franchir ce pont. Après cette péripétie, nous reprîmes notre marche pendant quelques kilomètres en direction d’Alost. A un moment donné, on arrêta la colonne. C’est là que je me rendis compte que c’était la débâcle ! Des unités entières passaient à côté de nous, fuyant vers l’ouest, encore plus en désordre que nous ne l’étions. Nous commencions à être très démoralisés… Après cette halte de deux heures au moins, nous nous étions un peu reposés. La colonne se remit en route vers l’ouest. On marchait quelques centaines de mètres, on s’arrêtait et on se couchait là où nous ne pouvions pas être vus. Après quelques instants, on se remettait en route. C’est vers six heures du soir que l’on s’arrêta pour de bon. Nous apprîmes qu’un bataillon avait été désigné pour rester en arrière-garde afin de protéger notre retraite. La nuit du 17 au 18 mai se passa sans incident. Au petit matin, après avoir pris un peu de repos, nous reprîmes notre marche entrecoupée de haltes. Nous étions déployés en file indienne de part et d’autre des routes que nous empruntions. Après 3 ou 4 heures de marche, nous étions fatigués et non ravitaillés, notre retraite était de plus en plus pénible. Il y avait déjà un ou deux soldats du groupe qui manquaient à l’appel. La colonne éprouvait toujours plus de difficultés à se remettre en route après chaque halte malgré que nous craignions tous d’être rattrapés par l’ennemi ! Vers midi, nous arrivâmes en vue d’Alost. Nous apercevions des fumées épaisses au loin. Pour atteindre Alost, nous devions emprunter une route à découvert, direction Nord-Ouest. C’est là que nous essuyâmes quelques coups de fusils tirés certainement par des tireurs isolés. Il ne fallait que cela pour semer le désordre dans la colonne. Ce fut une partie de chacun pour soi indescriptible. Nous  arrivâmes malgré tout à hauteur d’Alost. Tous les bâtiments, toutes les maisons étaient en feu au bord de la Dendre. Nous devions la traverser en empruntant un pont heureusement intact. Après le pont, nous entrâmes directement dans la ville désertée de ses habitants qui s’étaient soit réfugiés dans leurs caves ou qui avaient évacué. Nous y avons de nouveau essuyé quelques coups de feu qui venaient d’on ne sait où. Nous ne savions pas où nous devions nous placer pour nous protéger. Nous sommes restés un certain temps en attente à la sortie d’Alost en dehors de la grand-route. A la nuit tombée, nous avons logé dans des granges, sur de la paille. Nous avions faim. Le ravitaillement ne suivait guère… Dans la journée du 19 mai, il fallut de nouveau se remettre en route pour une nouvelle étape. Dans la soirée, nous arrivâmes dans un village du nom de Semmerzake. Nous n’avions aucune notion de la situation de ce patelin. C’est quelques jours plus tard que nous apprîmes que nous nous trouvions à environ 1km à l’Est de l’Escaut. Nous devions occuper un fortin en béton en avant de la 3ème ligne de défense que constituait l’Escaut. Il y avait bien quelques maisons à 50 mètres du bunker, mais plusieurs étaient vides de leurs habitants. Sinon, nous n’avions rien. Nous avions abandonné nos bagages personnels dans une étable dans le village. Nous sommes restés, isolés, pendant cinq jours dans ce fortin. Le lieutenant passait une fois par jour pour nous encourager. Une corvée allait chercher la nourriture au PC de la Compagnie qui se trouvait à 150 m de l’endroit que nous occupions. Parlons de et endroit duquel nous surveillions une route où personne ne passait, endroit au bord de cette route bordée d’un côté d’un bois, de l’autre d’une prairie en monticule. Nous aurions pu être attaqués de tous côtés avant d’avoir espéré faire un geste de défense !! Nous étions donc coupés de tout, sans aucune nouvelle, sauf les bobards que les hommes de corvée avaient appris lors de leurs missions. C’est bizarre, mais vivre ainsi, en dehors de tout, nous avait fait perdre la notion du temps qui passe … Nous étions encore dix, nous avions perdu trois unités depuis le début de la guerre, surtout entre Vilvorde et Alost. Le 24 mai au matin, vers 8 heures, nous recevions l’ordre de nous apprêter pour une nouvelle étape. Nous marchâmes jusqu’au PC de la Compagnie et après rassemblement, nous reprîmes notre marche. Toujours le même scénario : en file indienne de part et d’autre de la chaussée. Nous longions l’Escaut. Au premier pont rencontré, on nous fit traverser le cours d’eau, direction l’ouest. En ce qui me concrne ( je ne vous ai pas encore parlé beaucoup de moi ), j’étais très mal en point car je souffrais de dysenterie. A tout moment, je devais m’arrêter, j’étais malade, je me traînais. A bout de force, je fus obligé d’abandonner mon groupe. Je fus recueilli par une unité de ravitaillement. Je montai dans un camion et fourbu je m’endormis. Lorsque je me réveillai, j’étais dans une grande salle. On me dit que j’avais dormi une journée entière ! On me soigna et je mangeai. J’étais au milieu de soldats que je ne connaissais pas, mais francophones en majorité. J’essayai de questionner pour me renseigner sur l’endroit où je me trouvais. Les réponses que j’obtins étaient méfiantes, évasives. Me prenait-on pour un espion ? Une chose était certaine, là-bas, on ne manquait de rien. On ne mangeait pas mal et on pouvait se reposer calmement. J’avais fait part de mon intention de rejoindre mon unité. On me le déconseilla en me disant d’attendre encore un jour que je sois bien guéri. Le lendemain, c’était un dimanche, vers 8 ou 9 heures du matin, nous fûmes arrosés de bombes incendiaires. Aucune de celles-ci n’atteint la salle où j’étais. Heureusement, mais nous nous demandions si cela n’allait pas recommencer...
SUITE
Ma mobilisation   Lors de ma dernière permission au mois de juillet 1939, j’en avais profité pour visiter l’Exposition de l’Eau à Liège.
Réalisation Jean-Luc Maillard - Dernière mise à jour le 20/02/2018    Jean-Luc Maillard ( 2018 )
HOMMAGE
CHEZ JEAN-LUC